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L' Aube Épine - Initiation d' une chamane Française

Extrait -  Rencontre avec EnKhetuya, chamane mongole

Enkhetuya avait bien du mal avec sa clé de chambre. C'était la première fois de sa vie qu'elle se battait avec une serrure. Je lui proposai mon aide et nous entrâmes. Le moment était troublant. Nous n'avions pas le bout d'un début de langage commun. En langage des signes, elle me proposa un thé que j'acceptai. LA question pour laquelle j'avais fait ce si long voyage me brûlait les lèvres, mais heureusement pour ce moment magique, elle resta coincée dans ma tête. Fort heureusement Naraa la traductrice arriva dix minutes plus tard et s'installa aussitôt à côté d'Enkhetuya. La chamane sortit des petites pierres blanches qu'elle disposa devant elle, puis elle les déplaça du bout des doigts dans un silence pesant. Je retenais ma respiration. Enkhetuya leva la tête et me regarda intensément.  Les deux femmes parlèrent en mongol, Naraa me regarda étrangement et me traduisit les propos d'Enkhetuya:

- Elle voudrait savoir si tu as des chamanes dans tes ancêtres …  

Mon coeur fit un bond.

- Euh, je ne sais pas. Pas à ma connaissance. En fait, c'est pour cela que je suis venue la voir. Il m'arrive des choses bizarres dans la vie.

Enkhetuya enchaîna, le regard perdu vers un horizon imaginaire. Naraa traduisit :

- C'est difficile n'est-ce pas ? On a envie d'en finir parfois, n'est-ce pas ? Mais les femmes chamanes sont fortes. Elles résistent.   

- Elle dit que tu as reçu une grande force, il y a huit, dix ans. Les Esprits sont venus en toi. Tu as une grande puissance. Ils t'ont choisie. Mais tu dois absolument apprendre à canaliser ces énergies. Tu le dois, sinon tu perdras tout.

Enkhetuya n’avait mis aucune émotion particulière dans ces informations reçues. Elle n'était que le porte-parole des Esprits.   

Extrait -  Rencontre avec le vieux Stu, Aîné Mohawk 

La nuit s'avançait doucement au coin du poêle. Peu à peu le garage se vida et nous n'étions plus que quatre autour du vieux Stu. Il parla alors des Esprits, des vies antérieures, du Grand Esprit présent en toutes choses. Je relatai mes expériences, que le vieux Stu ponctuait de hochements  approbateurs et m'éclairait de son savoir des choses de Là-bas. J'étais rassurée de l'écoute qu'il me témoignait, et émue de la facilité avec laquelle une confiance réciproque s'installait entre nous.

Quelle chance ont les indiens de pouvoir vivre en mélangeant une réalité du quotidien et un monde merveilleux fait d'Esprits, de messages, d' Aigle et de Sacré. Un libre-arbitre régit le grand Tout, ou chacun trouve sa place, à son rythme, dans une cohérence universelle. Quelle sérénité je trouvai dans cette conception de l’Humain.

Quand le catéchisme de mon enfance m'infligeait à coups de valeurs étiquetées, numérotées, classifiées, ce qu'il convenait de faire ou de ne pas faire.

- Voilà ce qu'il ne faut pas faire, c'est écrit ! dit la religion catholique.

- Voilà ce que tu peux être, c'est magique ! dit la spiritualité indienne.

Je commençai à trouver ma voie, mon propre chemin. L'intuition que les paroles rassurantes du vieux Stu ce soir-là me parlaient de vérités que je ressentais intimement au fond de moi depuis toujours. La soirée s'acheva vers trois heures du matin, le vieux Stu, vaillant comme un jeune homme, nous mettant à la porte avec la même autorité qu'il faisait entrer les gens chez lui.   

Au moment de nous quitter, il me serra fort dans ses bras et me dit :

- Il va falloir que tu sois brave, tu vas connaître encore de grands tourments. Sois courageuse.

Je ne voulais pas rester sur sa phrase. Je ne lui répondis rien et me contentai de lui sourire. Je ne savais pas à l'époque que le plus dur était à venir et qu'il ne me restait plus qu'un an à partager avec mon fils.